Les verrotières du Crotoy, un métier disparu...
- Paul Eudel
- 4 mars
- 2 min de lecture

LE CROTOY À LA BELLE ÉPOQUE
Paul Eudel
14.5 x 21 cm
110 pages avec cartes postales et illustrations
ISBN 978.2.35637.002.0
Les verrotières sortent une à une de chez elles. Ce sont de solides créatures, bien campées, portant tablier relevé, jupon court, fichu croisé sur la poitrine, petit bonnet étroit qu’un mouchoir retient solidement sur la tête. Elles vont gaies, rieuses, alertes, cassant une croûte, mordant une pomme et portant sur l’épaule une pelle étroite au long manche de chêne où s’accroche le petit baquet qui doit recevoir la récolte. Parfois les enfants les accompagnent. Ces bambins de cinq ou six ans galopent autour d’elles en culotte courte avec coton sur l’arrière de la tête. Jadis ils portaient, comme les vieux marins, des anneaux d’or aux oreilles. Les femmes, à la langue bien pendue, bavardent, gesticulent, se dirigent par longues théories vers les plages humides du côté de la pointe de Saint-Quentin. Il s’agit de débusquer le ver et de s’emparer de lui. Par un tout petit trou, appelé l’œil du ver, il dévoile sa retraite. Il est profondément enfoui et, pour s’en emparer, deux ou trois coups de bêche sont nécessaires. Cette manœuvre exige un tour de main qui ne s’acquiert pas du jour au lendemain. On ne s’improvise pas verrotière. Il ne faut pas craindre de se fatiguer les reins, en se tenant longtemps courbé. C’est un véritable apprentissage pour s’entraîner à la fatigue. Puis il s’agit de ne pas couper en deux le prisonnier qui à six ou huit centimètres de longueur.
Quelquefois le ver abonde. Parfois il manque. Souvent il se déplace. Alors on fait des fouilles. Une persévérance infatigable est nécessaire pour trouver par des sapes et contre-sapes le nouveau gisement. Dès que le ver est pris, vite la pelle le rejette dans le seau qu’on lave de temps à autre, afin d’en retirer le sable ou les coquillages. C’est une chasse sans trêve ni repos.Mais la marée monte. Elle envahit peu à peu les bancs, sans se presser, sans se reposer, certaine que sa proie ne lui échappera pas. Il est dangereux de rester sur les sables découverts. Le signal du retour est donné par le péril lui-même.Les verrotières averties partent et rapportent leur récolte que guettent, sur la route, les courtières, les «dames du ver» comme on les appelle. On vide la récolte dans la balance, on et on paie suivant les cours, souvent contradictoires, envoyés par les marchands de Boulogne.Autrefois, c’était le seau qui servait de mesure, maintenant la vente se fait au poids et le prix varie, suivants les besoins, de 70 à 80 centimes le kilogramme.

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