Le château médiéval de Pierrefonds
- Jean-Marc Laurent
- 3 déc. 2024
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Dernière mise à jour : 16 janv.

LE CHÂTEAU MÉDIÉVAL DE PIERREFONDS
Jean-Marc Laurent
14 x 21 cm - 128 pages - Illustrations
Au fond de la cour, et à droite, jusqu’à la chapelle ont été élevés des bâtiments entièrement neufs que Louis Grodecki, professeur à la Sorbonne, considère « comme un décor de théâtre digne d’un opéra de Meyerbeer, d’une complication étourdissante et d’une asymétrie calculée. » (voir Pierrefonds, 1979, p. 50). La partie la plus contestable de la restauration de Viollet-Le-Duc est certainement la longue galerie (qu’on peut voir en entrant dans la cour), portée par des piles basses et couverte par une voûte caissonée surbaissée, dont le style fait plus penser à la Renaissance qu’au style gothique. La chapelle, passe pour être la création la plus étonnante de Viollet-Le-Duc, mais le grand architecte affirme, lui-même, qu’il n’a pu en donner qu’une restitution probable (il ne restait en effet qu’une partie des murs extérieurs et quelques-unes de ses voûtes d’origine).
Viollet-Le-Duc éleva au-dessus du chœur une grande tribune voûtée, (c’est le seul édifice cultuel dans lequel on peut voir cette disposition), qui donne aux travées droites de la chapelle un élancement très impressionnant, et qui laisse pénétrer plus de lumière qu’auparavant, dans cet endroit autrefois très sombre. On peut voir là, outre une création de Viollet-Le-Duc, une application de l’une de ses théories qui consiste, lorsqu’il s’agit d’une reconstruction, de ne pas reproduire une situation pouvant conduire à des déceptions, à savoir dans le cas qui nous occupe, de remédier au manque d’éclairage par la lumière du jour, qui existait en cet endroit.
C’est aussi en application de sa théorie de la restauration, qui consiste à ne pas reproduire des situations vicieuses que le grand architecte posa des charpentes métalliques dans les combles de la chapelle, ainsi que dans la tour d’Artus, et dans le corps de logis principal, car ces dernières, beaucoup plus légères que les charpentes en bois de très grosse section évitaient ainsi un écartement des murs sur lesquels elles reposent.Malgré ces quelques points, la restauration du château de Pierrefonds semble avoir été, en gros, menée avec exactitude : ce qui restait du château, suffisait à retrouver son aspect antérieur.Par contre, il n’en est pas tout à fait de même pour l’intérieur. L’intérieur semble lui, être presque entièrement une création de Viollet-Le-Duc, qui l’a doté d’un décor qu’il a fabriqué de toutes pièces, digne d’une résidence où la cour impériale aurait pu résider, mais qui n’était pas adapté à une place forte dans laquelle ce décor était superflu. Il faut savoir cependant qu’au début du XVe siècle, le château commence à être considéré, non plus comme une place forte, mais plutôt comme une résidence ornementée d’éléments rappelant les héros de l’histoire, les grands thèmes de l’Antiquité.Il est difficile d’imaginer que Napoléon III ait voulu faire du château de Pierrefonds, une place forte, destinée à résister à des assaillants. En effet, l’empereur ne pouvait ignorer que ce château, rebâti au XIXe siècle, n’aurait pu faire face, que très peu de temps, à un assaillant doté de l’armement qui était utilisé dans les années 1860.Sur le plan de la restauration, certains auteurs ont reproché à Viollet-Le-Duc d’avoir transformé l’intérieur de la place forte de Pierrefonds en une résidence princière, alors que le château de Louis d’Orléans avait initialement une fonction de garnison. Mais, il fallait, pour sauver le château de Pierrefonds, de la ruine totale, lui trouver une destination, une utilisation. Cette utilisation, cette destination, c’est Napoléon III qui la trouva : il voulut en faire une résidence princière qui lui rappelât le Moyen Age.On ne peut donc prendre en considération les critiques adressées à Viollet-Le-Duc, concernant la restauration du château de Pierrefonds, car ces dernières relèvent d’une censure culturelle fort mal étayée, ou encore d’une partialité suspecte mêlée de mauvaise foi, et ce d’autant plus qu’elles ne peuvent porter pratiquement que sur l’intérieur de cet édifice.
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