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La guerre sociale en Picardie à la Belle Epoque

  • Pierre Desbureaux
  • 10 déc. 2024
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 16 janv.


LA BELLE ÉPOQUE DES OUVRIERS PICARDS

Pierre Desbureaux

14 x 21 cm - 148 pages










Violence et conflits sociaux.

Ce qu’il est convenu d’appeler « La Belle Epoque » fut une période d’opposition radicale et souvent brutale entre une bourgeoisie triomphante et un prolétariat, exaspéré par l’injustice sociale, mais conscient de sa force et de ses possibilités d’action.

Pour faire simple on peut distinguer deux grandes lignes d’actions politiques qui animaient les milieux ouvriers : le socialisme et l’anarchisme. Pour les problèmes qui nous concernent ce qui distingue ces deux courants de pensées c’est que la violence était pour les anarchistes le moyen d’action privilégié puisqu’il s’agissait prioritairement de détruire la société telle qu’elle était organisée, tandis que pour les socialistes la violence résultait des conditions d’exploitation des ouvriers qui, subissant journellement la violence patronale, étaient parfois acculés à riposter en l’utilisant à leur tour ou agissaient dans des moments d’exaspération.

Dans les conflits sociaux, où se côtoyaient anarchistes et socialistes de toutes tendances, les actes de violence résultèrent le plus souvent de licenciements jugés injustifiés où abusifs, de conflits qui ne trouvaient pas d’issue dans les négociations,  négociations au demeurant souvent rejetées par le patronat.

Dans de très nombreux cas la violence se limita à quelques bris de carreaux ou de réverbères au cours de manifestations. Mais dans les conflits les plus durs la violence put se manifester par des bris de machines comme dans le mouvement de grève qui éclata dans l’usine Saint Frères d’Harondel, dans la vallée de la Nièvre, en février 1910 : sous le titre « Un tissage saccagé » Le Progrès de la Somme du 4 février 1910 rend compte des incidents qui ont accompagné le mouvement en évoquant des vitres brisées, des meubles renversés, des machines rendues provisoire-ment inutilisables. Cinq ouvriers seront inculpés et condamnés à des peine de prison allant jusqu’à trois mois pour les peines les plus lourdes. Plus graves avaient été la journée d’émeute du 3 avril 1906 au cours de laquelle le château d’un des propriétaires de l’établissement en grève fut incendié. Nous avons déjà signalé les sabotages, relevés à plusieurs reprises dans la presse locale, qui eurent lieu sur les voies ferrées et les machines pendant la grande grève des cheminots d’octobre 1910.


Les ouvriers en grève étaient bien souvent confrontés à ce qu’il conviendrait d’appeler une violence légale. Les déploiements de troupes et de gendarmerie autour des usines en grève engendraient fréquemment des heurts et des violences. Ainsi à Amiens, en avril 1904, une charge de cavalerie contre des travailleurs regroupés près d’une usine en grève fait un mort et plusieurs blessés à la suite de quoi la foule en colère moleste un lieutenant colonel qui ne trouve son salut qu’en se réfugiant dans une maison. Pendant plusieurs jours des manifestations importantes auront lieu dans les rues d’Amiens constamment dispersées par la troupe. Le 18 avril 7 manifestants sont condamnés à des peines allant de 3 jours à 3 mois de prison. Rendant compte de ces sentences Le Cri du Peuple du 21 avril écrit : « Ces condamnés ont-ils volé, pillé, commis les pires forfaits ? Ils ont simplement usé du droit de manifestation dans la rue. »

Il faut noter cependant que si le nombre annuel de grèves à augmenté entre 1890 et 1914, elles se sont de plus en plus souvent déroulées dans le calme et dans un cadre légal. Le patronat quant à lui, sans égards pour le fait que le droit syndical et le droit de grève étaient légaux, pratiquait souvent des licenciements ciblés à la suite des grèves qui avaient échoués. A la suite de la grève de l’usine d’Harondel dont il a été question ci-dessus 162 ouvriers syndiqués ou soupçonnés de l’être furent licenciés. La lutte antisyndicale fut d’ailleurs une constante dans le milieu patronal où la chasse aux responsables syndicaux  était une pratique courante. L’exigence, à la suite d’une grève, de ne permettre la reprise du travail qu’après la dissolution du syndicat exprimée par un patron verrier de Saint Maxent en est une autre illustration.

Au début du XXe siècle la violence, légale ou non, continuait à caractériser les conflits qui opposaient les salariés au patronat, un patronat qui jouait sur la légalité en faisant appel quand c’était nécessaire à la force publique, mais licenciait impunément grévistes et syndiqués.


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