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Sur la plage du Crotoy en 1909

  • 19 mai
  • 2 min de lecture

Le Crotoy à la Belle Epoque

par Paul Eudel

15 x 21 cm - 150 pages












Du haut de l’esplanade devant le casino, on est aux premières loges pour voir les baigneurs, gens sans prétention, prendre leurs ébats sur la grève qui se déroule à perte de vue. Une curieuse installation a disparu. Jadis des cordes fixaient des lignes de démarcation pour le bain ; sur des écriteaux on lisait la formule connue « Côté des hommes. Côté des femmes ».

Fanthomme fils, né malin, comme tout bon Picard, m’assure, sans que je sois forcé de le croire, qu’il y avait une troisième division, celle du Sexe ecclésiastique. Tout le monde aujourd’hui se baigne ou peut se baigner au même endroit : c’est l’égalité devant la grande baignoire de la Somme.

Pour n’être pas aussi smart que celle des planches de Trouville, la plage n’en offre pas moins, quand il fait beau, un coup d’œil animé.

Des tentes s’alignent de distance en distance ; on dirait d’un camp au bord de la mer. Sous leur abri, les mères de famille se tiennent, travaillent à l’aiguille, brodent et tricotent même, tout en surveillant les ébats de leur progénitures.

Les petits, armés de seaux et de pelles, creusent des puits, des fossés, élèvent des bastions, bâtissent des forteresses, toute une architecture militaire qui s’écroulera, comme un château de cartes, sous le premier coup de pied venu : c’était autrefois la tour Malakoff, le fort de Mexico, un bordj en Algérie. Ces chers enfants peuvent rester les pieds mouillés, l’eau de mer n’enrhume pas. Les grands, qu’un besoin de mouvement tourmente, trouvent à le dépenser au gymnase, où ils s’exercent au trapèze, se suspendent aux anneaux, grimpent à la corde à nœuds et font des rétablissements sur les barres fixes. D’autres, plus nonchalants, se livrent aux douceurs de la balançoire. Le lawn-tennis a ses fanatiques parmi les jeunes gens et les jeunes filles. Le croquet, mal nivelé, aux arceaux dissimulés dans l’herbe et dangereux comme de véritables collets à lapins, se joue dans une prairie voisine.

A marée basse, c’est plaisir de piétiner le sable fin, uni comme au rouleau, dur comme de l’asphalte, pailleté de débris de coquilles. Faute de galets à peindre des marines, les collectionneurs de coquilles brillantes s’en donnent à cœur joie, mais ils ne rencontrent le plus souvent qu’en piteux état l’objet de leur rêve, ce délicat et transparent bibelot qui a le ton rosé d’une chair féminine. L’étoile de mer gisant immobile, l’os de sèche, la margouille et le pou de mer que le flot apporte et remporte, lui font aussi un vilain voisinage.

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